Écoutons ces entreprises qui dessinent, individuellement et collectivement, un nouveau monde

En tant qu’entreprise, comment travaille-t-on son sens, sa mission, sa raison d’être pour contribuer à un monde plus durable et plus vivable ? Et si la transformation écologique ne relevait pas uniquement d’une stratégie RSE, mais d’un changement plus profond : une évolution du rôle du dirigeant, de la gouvernance, et de la manière dont les collaborateurs sont embarqués dans cette mutation ?

C’est autour de ces grandes questions que s’est tenue, le 11 juin dernier, une table ronde animée par Arnaud de Saint Simon. Une discussion sincère, engagée, réunissant des dirigeantes et dirigeants d’Easy Cash, d’EDF, d’Ekimetrics et du réseau Les Collectifs. Tous ont partagé, avec lucidité et humilité, leur chemin vers une transformation non seulement écologique, mais systémique.

Réorienter un modèle économique qui fonctionne

Quand Anne-Catherine Péchinot prend la tête d’Easy Cash, elle hérite d’un modèle déjà rentable, basé sur la seconde main. Mais très vite, elle choisit de revisiter la feuille de route. Le virage qu’elle engage est ambitieux : sortir totalement de la vente de produits neufs, même si cela représente une part importante de la marge. Une décision qui va à contre-courant des logiques classiques de croissance.

Ce choix stratégique s’accompagne d’une autre renonciation forte : abandonner la course au volume.

« Grossir n’est pas grandir », résume-t-elle.

L’enjeu devient alors celui de la cohérence. Car consommer de l’occasion ne doit pas devenir une excuse pour consommer davantage. Il faut aussi prévenir les effets rebond et repenser en profondeur l’impact global de l’activité.

Changer le produit, c’est une chose. Mais ce qui se joue ici est plus profond : un travail sur les indicateurs de succès, la gouvernance, la formation, les partenariats. L’entreprise redevient un lieu d’expérimentation, où la raison d’être irrigue réellement les pratiques.

Faire alliance

Laurent Félix, président d’Ekimetrics (entreprise qui fait de l’IA pour les grandes entreprises du CAC40), aborde un tout autre versant de la transformation : celui du collectif. Passé par le parcours en « U » de la CEC (Convention des Entreprises pour le Climat), pour lui, une entreprise ne peut pas changer seule.

Il faut créer des ponts avec son écosystème, partager des ressources, sortir de l’isolement stratégique. C’est dans cet esprit qu’il partage aujourd’hui ses outils et ses expérimentations. Ensemble, ils développent des solutions open source, comme des outils d’IA responsables ou des dispositifs de transparence sur les données climat.

Endosser sa responsabilité systémique


Carine de Boissezon 🌏, directrice de l’impact chez EDF, incarne un défi à une toute autre échelle. Car lorsque l’on pilote la stratégie d’un acteur historique de l’énergie, la question de la transformation ne se limite pas à quelques gestes vertueux. Il s’agit de penser en termes de responsabilités systémiques.

EDF s’engage dans la décarbonation mais au-delà de la neutralité carbone, un autre enjeu émerge avec force : l’adaptation. Car le climat change déjà, et il faut repenser les modèles non pas dans un futur hypothétique, mais dès aujourd’hui. Ce changement impose un modèle capable d’intégrer toutes les limites planétaires.

Carine fait aussi parti du Collège des Directeurs du Développement Durable (C3D) qui a fondé GenAct, un mouvement des acteurs de la RSE qui donne accès à des contenus

Les salariés, moteurs d’un nouveau récit

Enfin, Quentin Bordet 🌍, cofondateur du réseau LES COLLECTIFS, met en lumière un autre acteur clé de la transition : les salariés eux-mêmes. Dans de nombreuses entreprises, ils se regroupent, se forment, agissent, inventent de nouvelles manières de faire. Aujourd’hui, plus de 130 collectifs internes sont actifs en France, portés par 11 000 femmes et hommes qui veulent mettre leur énergie au service du changement.

Ces collectifs aident à s’engager, font du partage de bonnes pratiques. Ce sont des dynamiques collaboratives, souvent complémentaires à la stratégie de l’entreprise. Ils organisent des moments de formation/sensibilisation, repensent les pratiques internes et s’implique dans la stratégie de décarbonation.

Trois convictions fortes se dégagent

Il faut commencer, même imparfaitement, même sans avoir convaincu tout le monde. Attendre que tout soit aligné est une illusion. Mieux vaut faire un premier pas, s’entourer, former, expérimenter, ajuster.

Le collectif est une force sous-estimée. Entre concurrents, entre directions, entre salariés : c’est dans la coopération sincère que s’inventent les vraies ruptures.

La transformation doit être systémique. Changer son offre ou son marketing ne suffit plus. Il faut faire évoluer ses modèles économiques, sa chaîne de valeur, sa gouvernance, et même ses indicateurs de succès.

« Le taux de rentabilité d'un monde décarboné, n'est pas celui du monde carboné (...) il faut accepter une baisse de la rentabilité. »

La transition écologique n’est plus une option, ni un sujet périphérique. C’est un levier stratégique, une exigence éthique et une aventure collective.

Pour en savoir plus :

  • Visionnez la table ronde sur notre chaîne YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=uc9le9Ae61A&list=PLYX2sSLt8HOZE1HXHYW8Z899etvqJJlKn&index=5