Et si la nature était notre meilleure alliée pour survivre au XXIe siècle ?

Et si protéger le vivant n’était pas seulement un impératif écologique, mais un levier direct de santé, de clarté mentale et de résilience individuelle ? C’est la conviction que défend Pierre Gilbert, prospectiviste, fondateur de la plateforme Sator. Au cœur de son message, partagé lors de sa conférence le 11 juin dernier, la reconnexion au vivant est une nécessité vitale – pour notre corps, notre esprit, notre société.

En avril 2024, en pleine crise personnelle et professionnelle, Pierre Gilbert part marcher seul dans les forêts du Vercors. Cette pause, au cœur des conifères et du silence, lui offre une clarté nouvelle – et une idée salvatrice qui sauvera son entreprise. Hasard ? Non. Il rapporte ce vécu : « J’ai vraiment eu l’intuition que la forêt a joué quelque chose dans ce moment euréka ».

Il a cherché à en savoir plus, sur l’intérêt égoïste que nous devrions avoir à protéger le vivant, car :

« En détruisant le vivant, on détruit notre propre équilibre, physique et mental. »

Le concept de biophilie : quand la nature nous rend meilleurs

À travers les travaux du neurologue Michel Le Van Quyen et une méta-analyse du CNRS portant sur la synthèse de 230 études scientifiques, Pierre rapporte à quel point la connexion à la nature améliore :

  • la santé mentale (réduction du stress, anxiété, dépression),
  • la santé physique (renforcement immunitaire, régulation hormonale),
  • la capacité à s’engager pour le vivant (plus on s’y connecte, plus on le protège).

Et pourtant, la nature s’éloigne assez vite. « En 1900, on était 15% de la population mondiale à vivre dans une ville, aujourd’hui c’est 70%. Un français doit parcourir en moyenne 16 kilomètres pour trouver un véritable espace naturel », précise Pierre Gilbert.

Mais cette reconnexion nécessite plus qu’un discours rationnel : elle repose sur l’expérience sensorielle. Au fil de la conférence, Pierre nous invite à explorer nos cinq sens, à nous ouvrir aux profonds bienfaits apportés par le vivant.

Voir le vivant : les couleurs de la santé

Pierre commence par la vue : « c’est peut-être le sens principal dans la mesure où c’est 80% du flux d’informations que traite le cerveau ». Il se trouve que la lumière et les couleurs ont des effets physiologiques très importants.

Le vert et le bleu ont des effets mesurables :

  • baisse du cortisol (hormone du stress),
  • amélioration du sommeil (par la régulation de la mélatonine),
  • meilleure mémoire, concentration et humeur.

Et pourtant, la tendance est inverse :

  • moins d’exposition à la lumière naturelle : « une étude de l’université du Michigan montre qu’un enfant étatsunien passe aujourd’hui seulement 7 minutes par jour en moyenne à jouer dehors »,
  • moins de couleurs : le monde se grise, au cinéma comme dans les objets du quotidien,
  • résultat : une explosion des cas de myopie (+60 % attendus d’ici 2050).

Il termine ce point sur la vue par :

« Il n’y a rien de pire que de travailler en open space blanc pour la productivité et pour la stimulation. Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire ! ».

Écouter le vivant : quand les oiseaux nous soignent

Pierre Gilbert interpelle la salle : « Que feriez-vous si je vous donnais 147 milliards d’euros ? Certainement plein de choses ».

Il se trouve que ce montant c’est le coût de la pollution sonore en France, majoritairement due aux voitures et aux moteurs thermiques.

Constamment soumis aux bruits, on ne sait plus les filtrer et nos corps stressent. Cette pollution sonore à un coût très élevé. « Au travail, en intérieur, c’est 21 milliards d’euros », précise Pierre Gilbert.

Heureusement, certains bruits sont bénéfiques pour la santé :

  • Le chant des oiseaux est l’un des sons les plus corrélés au bien-être mental.
  • Leur disparition (-43 % en 40 ans) est donc une perte… sensorielle.
  • Et les sons naturels, comme les rivières ou la musique classique, inspirés du vivant, améliorent les défenses immunitaires.

Il nous invite à végétaliser les intérieurs comme les extérieurs pour casser les ondes sonores “négatives” par la complexité des formes du végétal. « Ça permet aux oiseaux de revenir ! »

Respirer le vivant : la médecine des forêts

L’air des villes coûte cher. 770 € par français chaque année. C’est le coût social de la pollution de l’air aux microparticules. Encore une fois, végétaliser nos villes est une solution pour retrouver un certain équilibre.

Pour approfondir le sujet, Pierre Gilbert nous amène au Japon. Dans les années 80, les scientifiques japonais ont découvert les bienfaits prodigieux de la forêt sur notre santé.

  • Les phytoncides (molécules émises par les arbres) boostent les lymphocytes (anticancer), diminuent le stress et améliorent l’immunité.
  • Deux à quatre heures de balades en forêt par semaine augmentent la vitalité immunitaire jusqu’à +50 % pendant 7 jours.

Positif, Pierre Gilbert avance : « Chaque espèce d’arbre propose son cocktail de phytoncides. Nous sommes au début de découvertes qui, je l’espère, seront sensationnelles. Et qui sait ? Dans quelques années, on nous prescrira peut-être de passer un temps donné sous tel arbre en fonction de telle pathologie. »

Goûter le vivant : un appauvrissement invisible

Il se trouve que nous avons énormément perdu de diversité végétale dans nos cultures.

  • -75 % de la diversité végétale cultivée perdue en un siècle.
  • Baisse de la qualité : diminution drastique des vitamines, minéraux, protéines dans nos fruits et légumes.

La raison ? Pierre Gilbert avance l’agriculture intensive, l’utilisation des fongicides, et l’appauvrissement des sols : « Les plantes poussent très vite, elles accumulent du sucre mais n’ont plus le temps d’emmagasiner les nutriments essentiels ».

Nous avons tout un système alimentaire à réinventer. Dans l’attente, mangeons bio : « c’est plus nutritif et meilleur pour le système nerveux, entre autres ».

Toucher le vivant : un lien entre corps et planète

Le microbiote humain, miroir de la biodiversité extérieure, décline aussi vite que les espèces animales. Or, c’est lui qui régule notre santé physique et mentale. C’est la révolution à venir : « on commence à peine à comprendre le microbiote », explique Pierre Gilbert.

Il préconise de :

  • Jardiner, marcher pieds nus en forêt, toucher la terre, « faire des câlins aux arbres » : autant de moyens d’enrichir son microbiote et de libérer de la sérotonine (hormone du bien-être).

La leçon de Pierre Gilbert est claire : en nous éloignant du vivant, nous perdons une part de nous-mêmes. Et en nous y reconnectant, nous retrouvons :

  • de l’énergie,
  • de la clarté mentale,
  • un sens de l’engagement,
  • et même… des idées salvatrices.

Pour aller plus loin :

  • Revivez cette insertion en replay : https://www.youtube.com/watch?v=IYA75XdL3C8
  • Son livre, Les voies nouvelles du géomimétisme – Soigner le climat grâce au vivant (éditions Odile Jacob), prolonge cette réflexion passionnante : comprendre que la santé de la planète et la nôtre ne font qu’un.